Abel Mustieles, l’interview de fin de saison !
lundi 19 novembre 2012
par Jozz

PNG - 364.1 ko Nous vous proposons, en cette fin d’année, un entretien avec le Champion d’Europe et vainqueur de la Coupe du Monde en titre, Abel Mustieles. Ce jeune pilote de Caspe qui n’a que 21 ans a accompli sans aucun doute la meilleure saison de sa jeune carrière et nous avons voulu en savoir plus sur son état d’esprit et sur le bilan qu’il tire de sa saison, ses projets… Nous avons discuté avec lui pendant une bonne heure et avons évoqué ensemble les futures évolutions du Monty M5, ses meilleurs comme ses pires moments de la saison 2013 et nous faire part de quelques bonnes anecdotes ! « Disfrutad !  », comme on dit de l’autre côté des Pyrénées... Photos signées Marco Patrizi.

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Tribal Interview

Abel, la dernière manche de Coupe du Monde a été l’une des plus excitantes de ces dernières années. Comment ce week-end s’est-il déroulé pour toi ?

J’avais des sensations extraordinaires. Je sais que c’est en septembre qu’on atteint notre pic de forme et notre meilleur niveau. Ce niveau-là, je l’avais déjà au Championnat du Monde, mais bon, ça ne s’est pas bien terminé pour moi. Je suis arrivé à Genève avec une hargne de fou, j’avais une épée à la place de la colonne vertébrale. Je venais pour faire quelque chose de grand et j’ai réussi. En demi-finale, je me suis régalé sur des zones simples. Je pense qu’avec ce format, la finale est plus importante que la Super finale. Pour moi, ça été la plus belle des compétitions. En finale, je prends un petit avantage de 4 points sur Benito, juste avant la Super finale. On était au coude à coude quand il a pris un 5, qui me donnait un léger avantage. C’était bon pour le mental et j’attaquais la Super finale hyper motivé, même si j’étais fatigué, aussi bien par la compétition que la par la tension nerveuse. En vérité, Benito avait super bien roulé et maintenant c’était à mon tour de jouer. Dans la zone 1, sur le deuxième passage difficile, je ne sors pas correctement. Sur la vidéo de Photo by Sergio, on voit bien le 5. Je ne devrais pas commettre de telles erreurs, cela m’était déjà arrivé aux Championnats d’Europe et il faut que je corrige ça une fois pour toutes. Pour moi et pour la santé cardiaque de mon suiveur et de mes supporters (rires). Il restait trois zones à parcourir et imagine-toi un peu le scénario, mais je me suis dit que je devais gagner, j’ai enchaîné et tout est allé parfaitement. Les deux zones suivantes n’étaient pas des plus difficiles mais la dernière, celle des troncs, l’était. Il y avait un passage pas très haut mais très compliqué à négocier, du mauvais côté. J’en ai discuté avec Vincent et Rick et on a décidé de le faire de notre mauvais côté. Je me rappelle que c’était très dur, le pneu a patiné, je me suis accroché comme j’ai pu et Carles m’a dit que la sortie ne serait pas difficile. Je suis sorti et bon, imagine un peu, j’ai embrassé tout le monde, j’ai crié. Je crois que j’ai évacué alors toute la tension accumulée au cours de la saison.

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Cela fait quatre ans que tu termines ta saison par une démo à l’indoor de Saragosse. Celle-ci est certainement la plus belle, après ta superbe saison ?

En effet, c’est l’édition au cours de laquelle je me suis le plus régalé. C’était par ailleurs l’occasion d’inaugurer de grosses nouveautés. Il y avait moins de public cette année, à cause de la crise, mais c’était génial. Les choses ont beaucoup changé depuis la première édition car tu te rends compte que les gens t’attendent vraiment, tu es là pour t’éclater avec eux. Cela ne me fait plus peur de prendre le micro et c’est un plaisir et un honneur pour moi de terminer la saison avec cet événement.


Cette année, tu partais avec l’objectif de gagner toutes les épreuves. Tu avais donc plus de pression qu’au cours des saisons précédentes ? Comment as-tu géré ce paramètre ?

Je me suis éclaté car j’aime avoir la pression. Je crois que je roule mieux avec la pression ; sur les compets, je me rends compte que c’est elle qui me pousse à faire des grandes choses. Sans la pression, je n’y parviendrais pas. Je me souviens, au Japon, alors que j’étais cadet : j’ai sorti un passage que je n’ai pas réussi à refaire après la compétition.

JPEG - 119.3 ko Par ailleurs, je ne me considérais pas comme favori pour la victoire, mon objectif était de rouler. Pour moi, la référence, c’était Benito. Ce fut donc une saison très chouette, avec beaucoup d’entraînement et ce même si mon entraîneur, Jésus, te dit que ce n’est rien comparé à ce qui m’attend pour l’année prochaine… (rires). Je me suis vraiment éclaté au cours de cette saison car je savais que je pouvais gagner et pas seulement atteindre la deuxième place. Et ça, c’est génial.

En parlant de Benito, justement, que penses-tu de ce qu’il disait dans notre dernière interview, à propos de votre relation ?

Je ne veux surtout pas rentrer dans une quelconque polémique. Pour moi, Benito sera toujours Benito. Je le considérerai toujours comme un ami. Si lui, ne pense pas pareil, je ne peux rien y faire. Je pense qu’il y a quelques années, on avait des objectifs différents et tout allait très bien. Maintenant que nos objectifs sont les mêmes, je suppose que ce genre de tensions sont inévitables. Mais, pour ma part, je n’en fais pas grand cas, cela ne va pas loin. Benito a tout mon respect et j’en profite pour le féliciter, ainsi que Marian, pour sa récente paternité.

Comment te motives-tu ? Tu écoutes de la musique ou suis-tu un rituel particulier avant de rouler ? Quelque chose de spécial avant Genève ?

Oui, j’écoute de la musique, je discute avec ma fiancée, ma famille, Jésus, Carles… J’écoute de la musique, mais pas trop rapide, juste pour me relaxer. Je suis déjà suffisamment nerveux comme ça… Adèle, Manolo Garcia… de l’électro mais moins.

JPEG - 102.6 ko Quelle chanson as-tu écouté avant la Super-Finale ?

Celle de Manolo Garcia, “Sin llaves”.

Avec tes victoires, tu as gagné en reconnaissance. Tu notes un changement dans le comportement du public vis-à-vis de toi ?

Je sens que les gens donnent plus de valeur à ce que je fais… mais je suis toujours le même. Je ne vois pas pourquoi je devrais changer. Je me considère comme quelqu’un de humble et je remercie tous les soutiens dont je bénéficie et tous les commentaires que je peux lire me concernant. J’en lis beaucoup et j’en suis reconnaissant, aussi bien aux bons qu’aux mauvais, pour la motivation qu’ils me procurent. Voir une de tes vidéos sur un site ou un forum et lire les commentaires, ça aussi c’est très gratifiant.

On en déduit donc que tu suis l’actualité sur Trials-Riders.es et Tribalzine.com.

Oui, j’y passe souvent. Je note toutefois que les gens ne s’intéressent pas trop à la compétition. C’est plus les vidéos, des choses comme ça.

Quels ont été les meilleurs moments de cette saison ? Et les pires ?

Le pire moment, ça a été de me casser la main. Ce fut un coup au moral très rude : je m’étais beaucoup entraîné et je pense que j’ai eu du mal à récupérer mon niveau d’avant blessure jusqu’au mois d’août. Le meilleur moment, ce fut Genève.

JPEG - 138.4 ko Et tu parviens toutefois à te hisser sur la deuxième marche du podium de la manche de Coupe du Monde.

Oui, mais je pense que c’est l’expérience qui a parlé, ainsi que la technique et la maîtrise de mes nerfs. J’ai dû rouler 15 jours après ma fracture. J’y suis allé sans aucune pression, tout avait été bien préparé. Je crois que beaucoup de gens n’ont pas justement apprécié ce que nous avons fait, Benito et moi ; ils n’ont vu que la victoire de Vince, alors que j’avais la main cassée et Benito le genou… 10 minutes avant de commencer, Kenny, Vince, Carles… me disaient de ne pas y aller. Je ne me suis pas affolé, j’ai entamé la zone 1 et j’ai sorti un 0 plutôt chaud ! (rires)

On t’avait dit à ce moment-là que, même comme ça, tu ferais un podium… (rires)

Oui, mais la veille encore, je ne parvenais pas à monter un trottoir. Je ne m’étais pas piqué avant la course, je n’ai pas pris de cortisone, car j’aurais été positif au contrôle anti-dopage. Je me suis soigné avec une anesthésie locale classique, comme en cas d’opération. Je dois mettre en avant le travail du Docteur Mir, le soutien inestimable des Rafas Tibau (père et fils) ainsi que de mon entraîneur Jésus et de mon kiné. Je ne pouvais imaginer que cela se passe si bien dans ces conditions. Par ailleurs, j’avais loupé mon avion pour cette manche de Coupe du Monde. Je suis arrivé en manque de sommeil à la Super-Finale. Imagine-toi, réveillé à 2 heures du matin, inscrit et hop, direct dans la compet… J’ai fait une bonne Coupe du Monde et un bon Championnat d’Europe. J’ai vu Vince finir et j’ai été surpris quand Carles m’a dit que j’avais gagné. Et, en effet, j’avais gagné, mais ce n’a pas été comme à Genève.

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Y a-t-il des programmes TV dans lesquels le trial ne devrait pas figurer ? On pense notamment à l’émission espagnole « Salvame ».

En effet, ce genre d’émissions trash ne véhicule pas les valeurs de notre sport. Ces émissions ne poursuivent qu’un but : faire de l’audimat et tous les moyens sont bons. D’un autre côté, médiatiser le trial est très compliqué, alors, toutes les apparitions télévisées sont les bienvenues, même si ce n’est pas le genre de programme idéal.

JPEG - 198.1 ko Il semble que le M5 sur lequel tu roules soit la version définitive. Qu’est-ce qui a changé ? La géo est définitive ?

Oui, c’est la version définitive. La géo : 1010 mm, 350 et 85. C’est la géo que j’ai réclamée. Elle est un peu plus compacte que la précédente. Je l’ai testée le week-end dernier au Motorland et je peux dire que le vélo est plus nerveux et que l’arrière est super maniable. Pour les statiques, les tapés, etc., je pense que c’est mieux. Je ne peux pas te dire si c’est moins bien dans d’autres domaines mais, de toute façon, rien que l’on ne puisse résoudre par l’entraînement. Et puis, c’est aussi une question d’habitude et de prise en main… C’est incroyable ce qu’un centimètre de plus ou de moins peut changer le comportement d’un vélo. Les soucis de HS ont été résolus, quelque chose a été fait pour que la chaine ne cogne plus à l’intérieur du cadre. Le vélo est aussi un peu plus rigide, ce à quoi je tiens et, au final, c’est un spad très abouti qui donnera satisfaction à tous ses utilisateurs.

2013 approche. Quels sont tes projets ?

I Essayer de rendre le trial plus professionnel. Même si des gens pensent que c’est un sport trop confidentiel pour être plus professionnel. Faire des choses comme ce qu’est en train de réaliser mon pote Dani Comas au Mexique ; je trouve ça génial. La saison prochaine, je travaillerai avec une nouvelle agence de communication, « BDS Sports », une agence qui gère notamment l’image de l’équipe sur route Movistar. Il s’agit de développer l’image par le biais de communiqués, de vidéos, de présence sur le web et les réseaux sociaux… Et tout cela rapidement. On développe également un nouveau site www.abelmustieles.com. J’ai également un nouveau manager, professionnel, qui a travaillé avec de grands athlètes et qui bénéficie d’une grande expérience dans ce domaine. On veut faire des interviews, des démos et tout ce que l’on pourra. Mais cela prend du temps à mettre en place ; petit à petit, ça va le faire.

JPEG - 396.4 ko Ton shop AMG Bikes va évoluer ? Des surprises ?

Je ne peux pas t’en dire beaucoup mais oui, si tout va bien il y aura de grosses surprises. On va changer de domaine, de logo, d’image… Le site web va être totalement refondu et ce sera un shop multi-marques. On veut se concentrer sur le haut de gamme et pour tous les âges.

A l’issue de cette fantastique saison, y a-t-il des gens en particulier que tu voudrais remercier ?

En premier lieu, vous, qui êtes toujours là pour moi. Ma fiancée, ma famille, mes amis, mes sponsors. Wild Wolf a été pour moi d’un indispensable et fondamental soutien. Je remercie aussi Monty, bien sûr, ainsi que mon entraîneur Jésus pour le magnifique travail accompli et José, mon kiné : sans lui, ma main ne se serait pas remise aussi bien.

On se voit en 2013 ! Salut à tous !

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