Entretien avec le N°1 mondial Vincent Hermance : « Je suis sur un nouvel élan ! »
samedi 10 mai 2014
par Jebegood , Laurent , AP

PNG - 294.4 ko Le rideau se lève sur une nouvelle saison sportive qui s’annonce intense dans toutes les catégories ! En 26, c’est Vincent Hermance qui a la main : N°1 mondial, champion du monde en titre, le pilote Hashtagg/ Jitsies’entraîne dur sur ses spots de la région parisienne depuis des mois. Et le labeur porte déjà ses fruits...

Nous avons pu voir sur les dernières épreuves régionales et lors de la course nationale de Poitiers qu’il sortait de l’hiver en grande forme ; les victoires s’enchaînent devant d’autres internationaux français et lors de la Vouneuil Trial Cup il a su parfaitement contenir les velléités du vice-champion du monde Aurélien Fontenoy et d’un Kevin Aglaé plus aguerri que jamais. Ce week-end, on entre un peu plus dans le vif du sujet avec la première manche de la Coupe de France de Clisson, qui lance officiellement la saison nationale.

Nous avons eu une petite discussion avec Vincent au CREPS de Poitiers, pour voir dans quel état d’esprit il était à l’aube de la saison 2014 et avec quelles ambitions il l’abordait. L’hiver a été intense et éprouvant entre la préparation physique, les entraînements vélo, les indoors et les études. Cela devenait difficile de mener tout cela de front et le N°1 mondial a pris la décision de stopper ses études pour s’investir à 100 % dans sa saison et ses projets sportifs. Il évoque ses ambitions, nous parle des nouveautés Hashtagg en préparation, de ses projets avec TartyBikes... Vincent Hermance aborde cette nouvelle saison le couteau entre les dents, avec une grosse motivation...« Je suis sur un nouvel élan ! »

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Tribal Interview

Salut Vincent, tu ressors d’un stage de cohésion et de performance de 4 jours avec l’Équipe de France, cela représente quoi ce stage pour toi, c’est quelque chose d’important ?

Oui, vraiment, c’est une bonne chose que l’on essaie de se fédérer, le trial est un sport qui a beaucoup d’influences, et à certains égards je me sens plus proche d’une moto trialiste que d’un coureur sur route ! La fédération a changé de direction, souhaite mettre des choses en place pour justement « fédérer » l’Équipe de France de Trial, et c’est important que l’on ait conscience de cela. Il faut que l’on « tire tous dans le même sens » et qu’il y a ait une identité trial qui se mette en place autour de la fédération. Je suis pro-actif pour cela, et puis tout le monde est motivé ici, l’ambiance est bonne. Par contre, l’Équipe de France va évoluer, la fédération met plus de moyens sur la table mais demande en contrepartie plus de performance et un vrai niveau international. Cela ne fera pas que des heureux, mais je trouve cela positif. Je veux donner le max pour la fédé’ et le développement du trial en France !

Et puis à côté tu te bas aussi pour développer ta nouvelle marque : Hashtagg ! Avec ce Raijin sur lequel tu enchaînes les victoires sur les régionales, sur cette course nationale de préparation, etc. Du nouveau au sujet de ce vélo ? Dom’ nous a présenté une fourche carbone il y a quelques semaines ?

Oui, ce sont deux volets de mon investissement dans le trial, qui se nourrissent l’un l’autre. Les vélos fonctionnent vraiment bien, j’ai toujours le même vélo d’entraînement et le même vélo de compétition, et je n’ai vraiment aucun souci avec. Nous avons pris un peu de retard avec les guidons car nous avons fait quelques petites modifications et refait des tests probants. Nous avons la fourche qui va arriver vite aussi. Les tests de pneus arrières sont validés et nous allons maintenant attaquer la phase de production de notre prototype avec notre propre moule.

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Ok donc des nouveautés à suivre...

Dans le semestre qui vient, nous aurons les pneus, le guidon et la fourche, c’est à peu près sûr. Et puis gentiment dans la foulée on va avoir un nouveau pédalier, des jantes aussi, le frein ce n’est pas un truc sur lequel on se penche pour le moment car cela demande des fonds de développement conséquents, et il faut dire que Racing Line n’a pas fait des mauvais freins. Ce n’est pas parfait, mais ce n’est pas mal du tout.

Hashtagg travaille déjà sur le développement d’un nouveau cadre ?

Oui nous travaillons sur un nouveau cadre Hashtagg, nous avons une idée précise de ce que nous voulons et cela demande des phases de tests et cela prend forcément un peu de temps. Nous avons déjà terminé toute la partie design du cadre et test informatique et nous partons maintenant sur la production des prototypes. JPEG - 304.5 ko La série n’arrivera donc pas avant un bon semestre si l’on veut tester cela décemment. On fait quelque chose de 100 % nouveau et cela va demander du temps !

Quelles sont tes ambitions pour cette nouvelle saison, pour laquelle on voit que tu t’entraînes beaucoup et durement ?

Les ambitions sont claires : garder mon maillot de champion du monde, après aussi rester N°1 mondial, c’est quelque chose d’important qui montre une régularité de performance sur une année. Et puis la Coupe du Monde l’année dernière j’étais à deux points de faire 2ème à la finale, et donc de prendre le général, et j’ai aussi de grandes ambitions sur cette épreuve. Je veux faire mieux que l’an dernier où je ne suis pas satisfait de mes performances, sauf sur la première manche en Allemagne. Je ne parle pas des résultats en soit mais de la manière dont j’ai roulé, je ne me suis pas exprimé comme je le voulais. Tu vois le championnat de France, certes je fais 2, mais j’ai fait une bonne course et je n’ai pas nourrit de gros regrets, si ce n’est cette histoire de porte que j’ai loupé. Au-delà de ça j’ai fait une course pleine. Au mondial, c’était pareil, je me suis pleinement exprimé, quelqu’un m’aurait battu en était plus fort je n’aurais pas eu de regret, j’avais vraiment tout donné. Sur les coupes du Monde honnêtement ce n’était pas trop le cas. Donc voilà, mon objectif N°1, au-delà de mes résultats, c’est de repartir de chaque course en me disant que j’ai roulé à 100 %, que tout le boulot que j’ai fait cet hiver je l’ai concrétisé en compétition, et puis après ma foi s’il y a des mecs plus forts qui me battent tant mieux pour eux. Mais si j’arrive vraiment à m’exprimer à 100 % je suis capable de défendre le maillot ! Les titres c’est plaisant, mais la manière aussi. En Afrique du Sud il y avait tout, et la manière, et le titre...

Et si tu dois te contenter de l’un des deux ?

Ah aah pas de langue de bois, j’opterai quand même pour le titre !

JPEG - 263.5 ko L’un de tes compagnons d’entraînement, Kévin Aglaé, est particulièrement impressionnant en ce moment ? C’est quelque chose qui te pousse vers le haut aussi ça !

Oui il développe une puissance incroyable, maintenant il va falloir qu’il la gère en compét’ ! C’est la première fois que j’ai vraiment un mec avec qui me tirer la bourre à l’entraînement, et c’est hyper motivant ! Je sais que si j’ai progressé cet hiver je le dois aussi à lui c’est sûr, et l’inverse est certain aussi, donc c’est cool pour nous deux.

Ce titre mondial tu l’as gagné en menant de front compétition et études. Cette année, tu as décidé de te consacrer de nouveau à 100 % à la compétition : tu arrêtes l’école d’infirmier et te focalises désormais sur le training et ta carrière sportive.

Oui, les études d’infirmiers se déroulent sur trois ans, chaque année est coupée en deux semestres. J’ai fait une saison éprouvante en menant de front la première année avec la saison sportive. J’ai ensuite enchaîné directement sur la seconde année, sans faire de break. Et j’ai au un début d’hiver vraiment difficile, où j’étais franchement à l’agonie, je chopais de la tension pour rien, le « burn out » quoi. Il y avait la préparation, les indoors (10 000 bornes sur un mois et demi), les études avec l’école et le stage, tout cela en même temps. JPEG - 245.5 ko Du coup j’ai réfléchi un peu : j’ai décidé de finir le semestre en cours avant de changer de stratégie. Cela s’est bien passé, j’ai à nouveau tout validé et j’ai la possibilité d’arrêter pendant un, deux ou trois ans et de pouvoir ensuite reprendre au même niveau. J’ai donc fait ce choix et opté pour un report d’année et là cela fait un gros mois que je suis à fond sur le vélo !

Et comment tu te sens à présent ?

Hé bien déjà au niveau de l’entraînement j’ai la tête beaucoup plus fraîche, et forcément tu progresses ! De bien meilleures sensations, et puis c’est une année importante, j’ai le maillot de champion du monde, je veux l’aborder dans les meilleures dispositions, et puis en profiter aussi. Ce sont mes dernières années de vélo, ce sont les meilleures, avec en plus un titre de champion du monde... et je ne profitais pas ! Tout à la fois, pas de bonnes sensations, plus de temps pour la famille, du coup je suis sur un nouvel élan ! J’ai l’impression en même temps d’être en vacances, car j’avais vraiment un rythme de dingue en menant tout ça de front ! Et c’est hyper plaisant. J’ai du temps pour m’entraîner comme je veux, je peux aussi consacrer un peu plus de temps pour faire de la vidéo : il y a ce projet avec Tartybikes en Angleterre et en France, avec un petit roadtrip sur 4 jours pour filmer sur différents spots. J’y retournerai ensuite pour les Tarty Days. Je vais pouvoir être beaucoup plus actif pour mes partenaires. Je veux aussi aller en République Tchèque pour le Dressler Camp, qui a l’air d’être un événement vraiment cool. Il y a concurrence de date avec la Coupe de France, donc il faut que je vois ce que cela donne. J’ai plein de projets que je vais pouvoir concrétiser et c’est super positif. Je pense que je reprendrai ensuite l’école dans deux ou trois ans sur le fin de carrière si c’est la fin, et puis si entretemps j’ai trouvé un boulot de premier ministre du vtt-trial, hé bien ma foi je ne reprendrai peut-être les études, on verra (rires). Quoiqu’il en soit j’ai adoré cette année et demi d’études, mais je ne pouvais plus mener les deux de front. Je pense avoir pris la bonne décision. L’avenir me le dira...

Que les Dieux du trial soient avec toi, merci et à bientôt Vincent !

Merci à bientôt !

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Photos action : Antoine Prouteau. Photo portrait : Laurent Grillon.