Benito Ros... « Abandonner, cela ne m’a même pas effleuré l’esprit »
dimanche 28 avril 2013
par Jozz

Benito Ros s’est imposé le week-end dernier sur la première Coupe du Monde de Heubach. Nous étions impatients de voir la saison débuter mais, malheureusement, nous avons dû nous focaliser sur les aspects négatifs de la compétition. Pour les pilotes 20" espagnols, ce fut un week-end fructueux : 4 Espagnols aux 4 premières places. En revanche, pour ce qui est de l’organisation, voilà une épreuve qui a probablement causé beaucoup de tort au trial mondial. Une organisation défaillante et un bon-sens aux abonnés absents ont contraint les pilotes à jouer avec leur intégrité physique à de nombreuses reprises. Ce qui dépasse l’entendement. Cette première manche de Coupe du Monde est devenue une épreuve de survie : entre la boue et les troncs mouillés, la moindre erreur pouvait s’avérer lourde de conséquences…

JPEG - 89.4 ko Benito, comme d’habitude, a volontiers accepté de nous donner ses impressions sur cette première épreuve de la saison, qui le place d’ores et déjà en tête de la Coupe du Monde UCI. On le remercie pour sa disponibilité, sa sincérité et on vous propose un entretien qui ne vous laissera pas indifférent. Une interview qui confirme ce que nous avons tous vu : un trial de fous. Photos : Marco Patrizi / Tribal Zine.

Tribal Interview

Salut Benito, merci pour ta disponibilité et ta rapidité à répondre à nos questions. Pour commencer, félicitations pour ta victoire dans un trial très difficile. Comment juges-tu ta performance ?

Merci beaucoup. Difficile d’être satisfait de ma façon de rouler mais, étant donné les circonstances, j’ai fait ce que j’ai pu et le résultat a suivi.

Un trial très difficile, boueux et surtout dangereux. On a vu une photo dans laquelle on te voit chuter violemment. Peux-tu nous livrer ton analyse et tes sensations sur les zones ?

Mon analyse est que l’organisation n’a pas eu de chance avec la météo. Mais, surtout, elle n’a pas été à la hauteur. Et ça, ce sont les pilotes qui en ont souffert. Il est évident que la combinaison bois/eau/boue/hauteur ne peut déboucher sur un bon trial. Cela n’a pas été négatif seulement pour les pilotes mais je pense que le public lui-même n’y a pas trouvé son compte. Sans compter que cela n’a pas été bénéfique pour l’image du trial en général. Je peux te parler des zones mais cela me semble absurde. Zone 1 : la plus jouable mis à part quelques cailloux. A l’entrée, une rampe. Mais l’appel était vraiment incertain, sans appui suffisant : tu ne savais pas si tu allais parvenir à te hisser en haut ou finir en vrac sur l’obstacle. Au premier tour, ça a été mais au second, je commets une grosse erreur en sortie de zone. Étant donné la difficulté à finir les zones, je savais que cette erreur allait me coûter cher. Dans la zone 2, je n’étais pas trop mal mais à force de tenter les passages, j’ai fini par accumuler les points, un 5 puis un 4 au second tour. La zone 3, celle des troncs, je ne sais pas si quelqu’un a pu la finir. Il y avait au milieu un passage très en hauteur et dangereux. Cela se jouait au centimètre près. Je prends deux 5. La zone 4, pour moi qui suis gaucher, comportait trois passages avec un pied obligatoire. Je l’ai plutôt bien passée avec 3 points dans les deux tours. La zone 5, zone des palettes, était bien, tout était faisable. Au premier tour, je me loupe sur un franchissement : le commissaire est devenu fou et s’est mis à me compter des pieds à la vitesse de la lumière. Je prends un 3. Des palettes mouillées, ça ne prévient pas et au second tour, je n’arrive pas à accrocher ni à sortir le pied pour me rattraper. Je suis tombé violemment et j’ai été à deux doigts de me blesser au visage. Je prends un 3 et un 5 sur cette zone. La zone 6, des troncs, il y avait un tronc en pointe très haut et entouré de choses sur lesquelles tu pouvais te blesser. Je suis arrivé dessus mais j’ai perdu l’équilibre, je n’ai pas insisté car une chute dans de telles conditions aurait pu être dangereuse. Au second tour, je la sors à 3, alors que je pensais avoir posé seulement 2 pieds. Ce fut épreuve dans laquelle j’ai fait ce que j’ai pu, concentré sur l’équilibre et surtout, avec la volonté de ne pas me blesser. J’ai vu que tous les pilotes étaient logés à la même enseigne et celui qui a pu en poser le moins, c’est moi. La lutte en a donc valu la peine.

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L’état des zones a déclenché une grosse polémique. Comment perçois-tu le retrait de Gilles ? Tu avais pensé aussi abandonner ?

Je pense qu’il n’y avait nul besoin de retrait ou autre pour voir que ce n’était pas une épreuve normale. Je suppose que cela va inciter les organisateurs de Coupes du Monde à être plus attentifs, avant que le sang ne coule… Pour ce qui est d’abandonner, cela ne m’a même pas effleuré l’esprit. Ma façon d’être fait que l’abandon est une option très lointaine. En plus, dix minutes avant la finale, je casse un frein ; j’ai dû changer de vélo, ce qui a occasionné un surplus de tension. Mais même dans ces conditions, je n’ai jamais pensé à abandonner.

JPEG - 872.1 ko Que faudrait-il changer, selon toi ?

L’an passé, les compétitions se déroulaient sur trois jours et je ne comprends pas pourquoi cela n’a pas été le cas sur cette manche. C’est d’autant plus incompréhensible quand tu vois que l’organisation n’a pas su gérer les impératifs d’une compétition sur deux jours. Et cela retombe sur nous, les pilotes. Sur trois jours, l’organisation dispose de davantage de réactivité, ce qui lui confère un contrôle solide des événements. C’est ce qui a le plus péché. Après, mille petits détails qui n’ont pas été correctement gérés. Le samedi, j’ai été obligé de reconnaître les zones à la lampe torche car elles n’étaient pas finies. En plus, le lendemain, des passages ont été changés, ce qui m’a pénalisé au cours de l’épreuve. Où a-t-on vu une compétition débuter à 8 heures du matin ? Comment envisager un échauffement digne de ce nom, dans ces conditions ? La demi-finale achevée, cela doit te donner une idée de la difficulté et des points. Or, ici, cela n’a pas été le cas. Autre erreur : la demi-finale 26 se terminait à 12h45. La finale se faisait sur les mêmes zones. La finale 20 pouces commençait à 13h30. Les zones devaient être changées et les pilotes devaient repérer : comment faire dans un laps de temps aussi court ? Et l’échauffement ? Je gagne avec un total de 48 points sur 60. Je me considère, tout comme les autres pilotes, comme un sportif de haut niveau. Je crois que nous méritons d’être traités comme tels.

Pour terminer, 4 Espagnols aux quatre premières places en 20 pouces. Cela faisait un moment que l’on n’avait pas vu un tel cas de figure. Les « Trois Magnificos » vont être quatre maintenant, avec Ion ? Tu penses que Dani et Ion sont capables de gagner des épreuves ?

Je me réjouis du retour de Dani. Et il est capable, tout comme Ion, de remporter des épreuves, pourquoi pas ? Mais je donnerai tout pour que cela ne se produise pas (rires). Je me réjouis aussi que nous soyions devant, on voit bien que nous sommes les meilleurs.

Merci Benito pour ta disponibilité. Bonne chance pour la suite de la saison !

Merci pour tout. Je vous embrasse tous. Merci à tous ceux qui me soutiennent.

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