Dani Comas... L’interview-vérité !
lundi 17 décembre 2012
par Jozz

PNG - 326.6 ko Cela devient une habitude... En collaboration avec le site Trials-Riders.es, Tribal Zine vous propose régulièrement des interviews des meilleurs pilotes espagnols. Benito, Abel sont passés au micro de Tribal Zine. Il ne nous manquait plus que le troisième « Magnifico », Dani Comas !

C’est chose faite... Le pilote catalan revient d’une tournée de démos au Mexique et nous a accordé un entretien téléphonique d’une demi-heure. Nous vous proposons donc la première grande interview de Dani Comas publiée sur Tribal Zine, où il se livre en toute franchise. Avec à l’intérieur une grosse révélation qui laisse augurer une saison 2013 20" chaude comme la braise : Dani a l’intention de revenir sur le circuit UCI, et bien sûr avec les plus grandes ambitions !

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Interview

Salut Dani. Pour commencer, comment te définirais-tu comme pilote ?

Je pense que je suis constant, régulier, suffisamment obstiné et accrocheur pour atteindre mes objectifs. Je pense être un pilote très technique et j’essaie d’en tirer profit au maximum.

Comment as-tu découvert le trial ?

Mon père était trialiste moto. Je l’accompagnais sur les courses le dimanche. Je me souviens qu’il avait une Bultaco Xispa. Un jour, on est allé au salon de l’auto de Barcelone et il y avait une démo de Ot Pi. Il se trouve que mon père connaissait le père de Ot. On est allé le voir. C’était la première fois que je voyais du vélo trial. Voir un vélo-trialiste faire les mêmes choses que mon père en moto m’a fasciné et, dès lors, je me suis passionné pour le Biketrial.

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Tu te souviens de ta première victoire ?

La toute première, pas vraiment ; cela fait bien longtemps maintenant (rires). Mais je me souviens d’une course qui m’a marqué. C’était le Championnat de Catalogne, en Elite, qui se déroulait à Saint Fruitos del Bages. Il y avait Cesar, Ot, Jordi Rubio et beaucoup d’autres très bons pilotes. J’avais 16 ans et je ne l’oublierai jamais : ce fut ma première victoire en Elite. Cette année-là, j’ai remporté également une manche du Championnat d’Espagne, à Ibiza. Ces deux courses restent gravées dans ma mémoire.

JPEG - 21.1 ko Beaucoup de gens ne savent pas que tu as eu une époque où tu n’as pas roulé pour Monty.

En effet, depuis tout petit, je roulais pour Monty. Et ce jusqu’en 1999. Cette année-là, je finis vice-champion du Monde et Mégamo (GasGas) m’a fait une bonne proposition. J’ai accepté et j’ai fait partie du team pendant trois ans. Ce fut une époque très importante pour moi et je remercie la famille Verdaguer pour le soutien qu’elle m’a donné. En 2003, Monty m’a proposé de revenir. Etant donné les problèmes économiques rencontrés par Mégamo à cette époque-là, j’ai décidé de revenir à la maison ! Depuis, je n’ai plus quitté Monty et j’espère que cela va continuer encore longtemps.

Quel a été ton meilleur moment en trial ?

C’est difficile à dire. Des bons moments, il y en a eu mais cahque fois que tu remportes un titre mondial, c’est un souvenir inoubliable. Mon premier titre mondial, tant en Biketrial qu’en UCI, je l’ ai en tête. Tu atteins ton objectif, après tant d’années de travail. Tu en rêves depuis que tu es enfant. Alors quand cela se concrétise, c’est inoubliable, cela n’a pas de prix. Je ne peux pas en mettre un en valeur plus particulièrement. Tous ces moments sont précieux.

Et ton pire moment ?

Les pires moments, ce sont les blessures quand tu es à la lutte pour un titre. Par malheur, j’ai subi pas mal de blessures. Les plus graves et plus frustrantes de ma carrière, ont été les ruptures du ligament croisé intérieur, le ligament latéral interne et externe et le ménisque. Ce sont des moments terribles. Tu ne peux pas bouger, tu vois les autres qui s’éclatent. C’est vraiment difficile à vivre. Je suis resté deux ans sans pouvoir rouler en compétition. J’ai même failli arrêter ma carrière sportive. Fort heureusement, j’ai pu continuer et j’ai remporté beaucoup de titres mondiaux.

Penses-tu que le trial en général doit évoluer ?

Quand Benito a arrêté le Biketrial, on a perdu un peu en émotion et visibilité. Je pense que le trial en général, aussi bien Biketrial qu’UCI, a besoin d’un gros changement si l’on veut qu’il devienne plus médiatique, plus reconnu et plus professionnel. D’après moi, les choses peuvent changer si on amène des compétitions indoor dans le centre des villes. Cela attirerait plus de public et de médias. Des compétitions plus courtes avec seulement les 10 meilleurs pilotes Elite. Il faudrait changer le règlement, pour faire du trial un sport plus dynamique, urbain et extrême. Des compétitions internationales sur ce schéma de courses et une seule fédération pour gérer tout ça. Et pour la base, des compétitions en naturel et des épreuves uniquement régionales. Pour ce qui est du départ de Benito vers l’UCI, il est clair que cela a engendré moins d’intérêt de la part du public. Mais c’est son choix et je le respecte.

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Tu es le seul à avoir remporté un titre mondial en 20 et un autre en 26 pouces, le tout sous l’égide de l’UCI, c’est bien cela ?

Je suis actuellement le seul pilote à avoir remporté un titre Elite aussi bien en Biketrial qu’en UCI, et à la fois en 20 et 26 pouces. J’en suis très fier. Je suis aussi très fier d’avoir remporté tous les titres Biketrial et UCI (Espagne, Coupe du Monde, Europe et Monde). J’espère que ce record tiendra encore quelques années (rires).

Quel titre a le plus d’importance pour toi : UCI ou Biketrial ?

Pour moi, ils sont tous deux importants. Ce sont deux objectifs majeurs d’une saison et deux buts à atteindre personnellement. Je fais partie d’une équipe et si celle-ci décide que je dois courir dans tel ou tel championnat, je le ferai. C’est comme un ouvrier qui doit respecter un planning. JPEG - 200.4 ko UCI et Biketrial sont aussi importants pour moi l’un que l’autre. Gagner les deux serait fabuleux, mais l’un des deux titres seulement représenterait déjà beaucoup pour moi.

Pourquoi as-tu décidé de passer du 20 au 26 puis revenir au 20 ? On sait que tu aimes beaucoup le 26 : ça a été dur de revenir au 20 ?

Ce sont des décisions commerciales qui ont été prises. A une époque, Monty souhaitait donner un peu plus de visibilité au 26, étant donné que la marque était jusque-là centrée sur le 20 pouces. Ils ont profité du fait que le Biketrial ait fusionné les catégories Elite et Masters et j’ai couru en 26. Mais des changements dans la politique commerciale ayant eu un impact sur les ventes ont fait que Monty a souhaité que je revienne au 20 pouces. Passer du 26 au 20 a été, au début, difficile pour deux raisons : d’abord, je me sentais vraiment très à l’aise en 26 pouces et puis, moralement, ça a été très dur. A l’entraînement, des passages que je sortais facilement en 26 devenaient impossibles en 20. Mais je n’ai pas eu le choix : les choix commerciaux de Monty m’ont imposé ce changement et, en tant que pilote professionnel, je m’adapte aux décisions de mon team.

Te sentais-tu capable de lutter à armes égales avec les meilleurs ?

Oui, bien sûr. Les résultats ont été là : Champion du Monde et d’Europe de Biketrial cette année-là, j’ai également remporté plusieurs manches de la Coupe du Monde UCI, des demi-finales en Championnat du Monde et je finis sur la troisième marche du podium aux Mondiaux. Je pense que les top pilotes peuvent réussir dans les deux formats de roue ; il suffit juste d’un temps d’adaptation.

JPEG - 1.7 Mo Pourquoi, ces dernières années, as-tu décidé de ne plus rouler en UCI ?

Pour différentes raisons. Comme tu le sais, je fais partie des pilotes, peu nombreux, qui jusqu’à l’an dernier, couraient aussi bien en Biketrial qu’en UCI. Cela supposait donc environ 25 compétitions dans l’année, en plus de la cinquantaine de démos que je faisais, le tout ajouté aux entraînements, impératifs professionnels… Cela occasionnait un gros stress durant toute la saison. Il y avait beaucoup de compétitions auxquelles je me rendais sans avoir dormi ou alors je participais à une épreuve et j’enchainais avec une démo, sans avoir pu dormir. Il a donc fallu que je prenne une décision ; pour ma santé, ma motivation et pour continuer à être à 100%. Tu ajoutes l’intégration d’Abel Mustieles dans le team et c’est ainsi qu’avec Ot Pi, nous avons pris la décision de ne plus rouler qu’en Biketrial. Un bon moyen pour faire d’autres choses et de recharger les batteries avant d’attaquer la saison suivante.

D’après ce que l’on sait, tu souhaites recourir en UCI. Les trois « Magnificos » espagnols du 20 pouces sont de retour ?

Mon but, cette année est, si l’on arrive à programmer tout ça correctement, de participer de nouveau à des compétitions UCI. J’aurais aimé faire les deux, Biketrial et UCI. Le problème, c’est que pour aller aux Championnats du Monde UCI, tu dois participer à de nombreuses épreuves, au préalable. Et bien sûr, comme toujours et pour des raisons politiques, des dates vont coïncider dans les deux calendriers. Ce sera par conséquent difficile pour moi de faire les deux. Mais, c’est vrai, je veux faire un max d’épreuves et rouler aux Championnats du Monde, si le calendrier me le permet. Pour 2013, on a pas mal de projets intéressants.

Comment te prépares-tu ? Tu as des exercices particuliers ?

Tout dépend du moment. J’ai un préparateur physique qui se charge de programmer la saison. Cela dépend également des voyages ou des impératifs. Mais, habituellement, je m’entraîne 4 ou 5 jours par semaine sur le vélo et 2 en salle. Je pratique aussi le vélo de route et le vtt. Quand j’ai une journée de libre, j’aime aussi rouler en moto trial ou en Supermotard. Tous les jours, je fais ce qu’il faut pour être chaque fois meilleur sur le vélo et rester en forme pour mes nombreux déplacements.

Quel a été et quel est ton bike préféré ?

Mon vélo préféré, c’est celui sur lequel je roule actuellement, le Monty M5. C’est un bike que tout le monde aimerait avoir. Je pense que c’est un bond en avant, esthétiquement et surtout au niveau de l’efficacité. On a tant travaillé pour obtenir cette rigidité et cette légèreté, on a travaillé de nombreuses années pour cela et pour sûr le M5 restera ma monture favorite.

JPEG - 89.2 ko Il y a une date officielle de sortie ?

D’après les dernières infos dont je dispose, Monty et Abel ont mis au point la version définitive. Elle sortira vraisemblablement en Février, afin qu’on puisse rouler avec en Coupe du Monde.

Tu as remporté le Mondial de Biketrial. On s’attendait à une compétition assez facile pour toi mais tu as connu pas mal de déboires.

Oui, c’est vrai. Quand je suis arrivé en France, je savais que je partais avec un début de mononucléose. Je craignais que cela me pose problème car les zones étaient longues et difficiles ; j’avais peur de souffrir des conséquences de la fatigue. J’ai donné le maximum. Je m’attendais à des zones plus faciles. Je suis arrivé avec un gros niveau et, à l’entraînement, je sortais des passages vraiment intéressants mais petit à petit, les choses se sont durcies et j’ai finalement beaucoup souffert pour remporter le titre. Démarrer la compétition avec une quatrième place et sachant qu’il n’y avait que trois épreuves, cela complique les choses. D’autant plus quand ton principal adversaire, Vashek en l’occurrence, roule à un très bon niveau. Cela s’est donc compliqué et la tension a été forte.

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Quand on avait roulé avec toi, tu avais un os du poignet cassé, suite à ta chute à Igualada.

Oui, ça a été dur. En France, je souffrais et j’ai dû me piquer tout au long du second tour… A Igualada, mon cintre s’est malheureusement cassé. Je n’avais jamais brisé un cintre carbone. Que ce soit un modèle Koxx, Rockman ou Monty, ce sont des produits qui durent très longtemps. Mais j’ai certainement trop serré le levier de frein, endommageant le cintre. La malchance. Sur la chute, je me suis abimé le coccyx et je me suis fracturé un os du poignet. Pour la manche italienne, j’ai dû faire des infiltrations et avec Cesar Cañas, on a consulté souvent mon préparateur physique et beaucoup observé les adversaires pour gérer ma course. J’ai gardé un maximum de forces pour arriver frais sur la finale. Finalement, ça s’est bien passé et j’ai remporté à nouveau le titre mondial.

JPEG - 1.3 Mo Tu viens de faire une tournée au Mexique. Tu peux nous en parler ?

Ce fut une expérience très positive. L’an dernier, j’étais déjà parti quelques jours et ça m’avait enchanté. Cette année, je devais partir 20 jours mais, une fois sur place, d’autres choses se sont ajoutées, les télés locales se sont intéressées, parmi lesquelles Televisa et Fox Sports. Ces deux chaines sont les plus importantes d’Amérique latine et chaque semaine, on faisait deux ou trois apparitions sur l’une ou l’autre. Je suis très content, j’ai été très bien reçu, j’ai fait beaucoup de démos, de reportages photo. J’ai dû rentrer car mon visa de trois mois arrivait à échéance. J’espère y retourner très bientôt. Certainement en Février.

Tu es plus axé sur le développement du trial qu’auparavant. Comment t’y prends-tu ?

On essaie de rendre le sport toujours plus professionnel. On a une boîte, ActionSport, qui s’occupe de moi et on fait en sorte que le trial se développe. Je fais également beaucoup de démos dans toute l’Espagne pour en faire la promotion. Avec la conjoncture actuelle, on essaie de sortir un peu des frontières, pour se faire connaître. Nous avons des projets médiatiques pour 2013 qui aideront à la reconnaissance du trial.

Penses-tu que le format de compétition actuel est le plus adapté ?

Organiser des Mondiaux et tout le reste, c’est très bien. Mais si l’on veut vraiment que les pilotes puissent en vivre, il nous faut un format type X-Games. C’est du spectacle, et même si cela ne nous plait pas – on est des compétiteurs avant tout - c’est cela qu’il faut développer. Le côté attractif pour le public. On ne doit pas se contenter de 80 personnes se déplaçant sur les zones, ce n’est pas très attractif. Il faut dynamiser notre discipline, la rendre plus accessible au public.

JPEG - 187.5 ko Peut-être faudrait-il donc développer le côté spectacle et moins l’aspect “puriste” du trial ?

Il faut énormément d’années pour être au top dans ce sport et, en tant, que compétiteurs, c’est ce que l’on recherche. Mais on doit s’occuper aussi de l’aspect spectaculaire et dynamique de ce sport. Avant, tu pouvais mieux gagner ta vie, il faut que les choses changent si l’on veut que le trial continue à se développer. En Espagne ou ailleurs, vivre du trial est très difficile. En Espagne, pays où il y a le plus de niveau, il n’y a pratiquement aucun pilote pro. Cette situation n’est pas normale et on doit faire quelque chose pour que cela change.

On pourrait s’inspirer des compétitions moto ?

Oui, les X-Trials sont conçus pour la télévision. Il y a même des zones sur lesquelles tu dois attendre car il y a de la pub, c’est un concept différent.

On va te poser la même question qu’à Toni Bou : les compétitions en naturel devraient-elles cesser d’exister ?

Je pense que les compétitions outdoor sont vouées à disparaître. C’est toujours le même problème : faire se déplacer le public dans la montagne est très difficile. Le trial est un sport qui doit aller vers le public et non l’inverse. Il faut faire venir les compétitions dans les centre-villes ; c’est ce qu’est en train de faire l’UCI ou le Biketrial, comme à Igualada. Les gens se promènent, regarde ce qu’il se passe. S’il faut aller dans la montagne pour y passer cinq heures…

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Comment vois-tu le niveau actuel ? Musti semble très en forme.

Oui, Abel Mustieles est à un très haut niveau. Il a fait une super saison, il est jeune et très motivé et ça se voit.

Tu te sens d’attaque pour lutter pour la victoire ?

Oui, sinon, je ne participerai pas. Je cours parce que je sais que j’ai le niveau. Autrement, je serais réaliste et je ferais autre chose. C’est sûr que cela fait des années que je roule, la motivation n’est plus la même et la jeunesse pousse très fort derrière.

JPEG - 255.1 ko Encore combien de temps penses-tu courir ?

Je ne sais pas, cela dépend des blessures, de la motivation, des sponsors… Pour ce qui est du niveau, je pense l’avoir pour pouvoir me battre avec les meilleurs. Je prépare à fond le Mondial. Le jour où la motivation sera moindre ou que d’autres choses deviendront prioritaires, il sera temps de réfléchir et de suivre un autre chemin.

Quand ce jour viendra, tu souhaites rester dans le milieu du trial ?

Oui, je souhaite continuer dans le trial. C’est un sport qui m’a beaucoup apporté, je lui dois énormément. Pourquoi pas travailler pour une marque. Je veux rester dedans le plus longtemps possible, tant en compétition qu’en démos et ensuite autrement on verra. Pour le moment, César Cañas et moi avons créé une entreprise baptisée Trial Energy, dont le but est d’organiser des épreuves et aussi dans un avenir proche d’autres types d’événements.

Pour finir, tu souhaites remercier quelqu’un en particulier ?

Je remercie bien sûr mes sponsors : Monty, Inverse, Nutrisport, Uvex, Skyns, Trial Energy, Cesar Cañas Trial Academy. Mon préparateur physique José Ma. Padulles, le Dr. Balius, Actio Sports, Cesar Cañas, ma famille et tous ceux qui m’ont soutenu dans la conquête de ce nouveau titre mondial. Sans eux, rien ne serait possible.

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