Cette première course de la saison s’annonçait forcément palpitante. Trois pilotes partaient en grand favoris dans les trois catégories après avoir écrasé la concurrence l’an dernier, endossés tous les maillots UCI : champions du monde et de la coupe du monde. Le trial est un sport terriblement exigeant, le mental a une part prépondérante, ces maillots pèsent sur les épaules, il faut les assumer. A Aalter, un volcan est entré en éruption, tout est à reconstruire. Cela a été pour eux comme pour tous les autres une bataille de tous les instants. Ils sont sortir tête haute de la 1/2 finale, mais désormais en finale tout le monde revient sur un pied d’égalité. On s’explique sur 5 zones apocalyptiques. Deux des tenants du titre sont restés debout, ont même excellé sur cette première course terriblement exigeante : Nina Reichenbach et Abel Mustieles ont annoncé la couleur dès la 1ère zone, sur le magma en fusion. Mais le troisième, Jack Carthy, que l’on croyait solide comme le roc... a disparu dans le magma ! A Aalter où il avait signé son premier podium élite international en 2012, il doit repasser la main à l’ancien patron, Gilles Coustellier et aux autres multiples champions du monde Vincent Hermance et Kenny Belaey. Cette Coupe du Monde, il veut la garder entre ses mains. Il va se relever, c’est sûr. L’an dernier, un accident sur la première manche avait même décuplé ses ardeurs, lui avait peut-être même permis dit-on de conquérir le Saint Graal. Alors on ne s’inquiète pas pour lui. Chez les féminines, l’histoire retiendra aussi ce premier podium féminin de la belle championne de France Manon Basseville. En 20", un nouvel astre brille désormais aux côtés des Mustieles, Ros et Areitio, déployant une fascinante énergie malgré son tout jeune âge : Alejandro Montalvo. 16 ans, le pilote Jitsie est la révélation de cette nouvelle saison, comme l’ont été avant lui les Vallée, Carthy, et puis plus en amont encore Mustieles.
L’organisation belge nous a sorti une fois de plus le grand jeu pour ce levé de rideau UCI. Le staff Belaey, on peut dire qu’il est un peu "Magician" lui-aussi. Fien Lammertyn tient la baguette, tout le monde s’affaire et on voit apparaître un plateau de zones éblouissant, des gradins partout, un écran géant, des caméras de télévision... Les passionnés de toute la planète peuvent suivre le spectacle, de trial comme de deux roues, avec ce streaming live sur la page d’accueil du site de la fédé’ ! On ne s’en étonne même plus et pourtant c’est fantastique ! 4h de direct que vous pouvez revisionner ci-dessous, une Jupiler à la main.
Mais le plus surprenant dans tout cela, c’était bien ces zones tracées au cordeau par l’organisation belge : du "tricky" et des arêtes rocheuses acérées (qui vont occasionner moult crevaisons en finale) du dévers et de la prise d’appel "old school", du jump "new school" inédit, tout cela bien secoué... servi bien allongé... à ingurgiter en 2 min... pas le droit de prendre le temps de respirer ! Avec des envolées (et des prises de risques) incroyables : on ne s’en rend pas forcément bien compte derrière un écran, mais nos finalistes (et demi-finalistes) évoluaient souvent à des hauteurs impressionnantes (plus de 3m !) Difficile désormais voire impossible de refuser l’obstacle. On a vu encore beaucoup d’assurages, mais bien moins que par le passé avec la nouvelle règle : plus le droit de contourner la flèche avec le bike. Nos athlètes ont été mis à très rude épreuve. Il fallait ce dimanche être plus fort et plus complet que jamais. L’organisation a même vu trop grand pour les demi 26, bien trop hard, mais a su heureusement rectifié pour les demi 20. Où tout le monde a pu s’exprimer et néanmoins la sélection parfaitement s’opérer. Les premières finales de l’année nous ont quant à elles offert des batailles d’anthologie et ont clairement marquer les esprits. Elles resteront dans les annales de notre sport, comme celles d’Aalter 2012 ! Mention spéciale pour le pilote et patron de Clean Abel Mustieles qui a seul réussi le "clean" justement chez les hommes, et à deux reprises ! Man of the Day. Et d’ailleurs en parlant de Clean, baptême du feu réussi pour son nouveau cadre carbone K1 : deux victoires et deux bikes devant chaque podium ! Carbone qui était plus que représenté aussi dans toutes les catégories avec l’écurie Monty et son OS. Le trial avance sur tous les plans.
Finale Femmes Élite : une grande Nina Reichenbach !
Cette finale de l’extrême a confirmé la valeur de notre championne du monde Nina Reichenbach (Crewkerz). Ce maillot arc-en-ciel lui va à merveille. Dès la première zone du Volcan elle montre sa force et sa détermination. Elle n’assure pas, son engagement est total et au final c’est une large victoire. Une seule menace à l’horizon pour elle en 2017, une menace australienne, Janine Jungfels, absente pour le moment du circuit. On en profite pour saluer une autre grande du circuit, qui n’est plus là sur ses zones UCI qui ont longtemps été siennes : Tatiana Janickova souffre depuis plusieurs saisons d’un genou, elle semble avoir baissé les armes.
Manon Basseville (Monty) réalise un formidable exploit en ce début de saison : après avoir toutes ces finales en 2015 et 2016, elle rêvait de podium, elle l’a fait aujourd’hui et de bien belle manière ! Elle attaque d’entré de jeu, et aura tout fait pour conserver sa seconde place de la qualif’ face à Debi Studer. La Suissesse joue à fond la stratégie de cours, mais Manon résiste à la pression dans la Rocky Sea et peut laisser exploser sa joie en sortant. Elle offre un beau cadeau à l’Equipe de France et à son manager : depuis 2009 (Julie Pesenti), il attendait un podium féminin !
A propos de cadeau, un podium le jour de son anniversaire, c’est pas sympa ça ? Debi Studer (Ozonys) montre qu’elle sera encore bien présente cette saison !
Finale beaucoup plus dure pour les trois autres concurrentes, l’Espagnole Alba Hidalgo de la Cesar Canas Academy conserve sa 4ème place acquise en qualif’ !
Face à la Suédoise Nadine Kamark, qui jouait sa première finale de Coupe du Monde !
Comme l’Allemande Larena Hees, et toutes deux ont courageusement bataillé.
Résultats et classement féminin.
Finale Hommes Élite 26 : le retour des monstres sacrés !
Comme toujours, elle était le clou du spectacle ici en Belgique, avec un public massé autour des zones, une ambiance à son comble. Cette finale va être sous tension avec 4 champions du monde élite au départ. Elle va atteindre des sommets d’intensité et nous tenir en haleine jusque la dernière zone. Hermance et Coustellier affichent leur détermination au pied du Volcan, cheminant magistralement jusqu’à cet énorme crochetage final réussi. Coup de théâtre sur le magma avec un déséquilibre de Jack Carthy. On ne le sent pas à l’aise sur ces zones, un peu trop à l’étroit ? Gilles Coustellier sort visiblement de l’hiver en très grande forme, il en a fait étalage sur les qualifs du matin et va aller chercher cette victoire couteau entre les dents. Le jump ne passe pas, il le retente et sort de la Jungle... mais à 5 de temps. Le quintuple champion du monde finit en beauté avec 2pts dans la dernière et impitoyable zone Rocky Sea, avec svp un improbable planté / latéral sur le niveau à bulle !
Dans ces conditions extrêmes, Vincent Hermance fait lui-aussi parler l’expérience et un entraînement hivernal de premier rang, il joue du carbone avec dextérité, notamment sur les arêtes rocheuses de la 4.
Belaey joue aussi de son habileté légendaire sur les rochers du "Désert"... pour renouer avec le podium de la Coupe du Monde !
Nicolas Vallée est encore bien présent sur cette finale, avec la carrure des plus grands. Le pilote Jitsie attaque franchement dans la zone 3 des troncs, il est seul à passer le tremplin... proprement et facilement ! La nouvelle génération est installée.
Respect Monsieur Pol Tarrès, qui s’est battu avec un formidable courage sur ce parcours ultra-relevé. En plus il ouvrait toutes les zones... Il va même tenter le backflip dans cette même zone (! !!)
Un échec retentissant pour Jack Carthy. Après deux échecs successifs, on croit assister à son retour dans les troncs mais un 5 pour survol de flèche avant le jump a raison de ses ardeurs... même erreur et même tarif dans la zone suivante, et cela ne passe pas pour le patron. Il refuse purement et simplement de rider la dernière zone, sur un coup de tête. Avec une insolence ostentatoire qui explique certainement les 10pts de pénalité qui viennent encore alourdir un score d’habitude si léger. La punition. Pour lui rappeler que les juges auront toujours le dernier mot.
Résultats et classement 26.
Finale Élite 20 : impossible n’est pas Abel, Alejandro déjà là !
L’autre champion du monde n’a pas failli lui, bien au contraire. Il commence son run par le premier "clean" du jour, magistral. Il récidive dans la 4, n’en revient pas lui-même, il se bat comme un diable pour affirmer à nouveau sa suprématie. Impossible n’est pas Abel. Le reste, ce sont des points de temps sur ces zones si longues... à boucler en deux petites minutes. Il peut relâcher son effort dans la dernière zone, aurait bien envie de remonter sur ce niveau à bulles, mais n’en a plus la force.
Ion Areitio conserve la seconde place brillamment acquise lors des qualifs, il nous impressionne en ce début de saison par sa détermination bien visible sur ce jump de la Jungle qu’il réussit à la seconde tentative. C’est un plaisir de le voir rider à un tel niveau après l’épreuve qu’il a dû traverser il y a deux ans.
19pts, c’est un score inhabituel pour Ros sur cette finale de l’extrême. Il chute par deux fois et sauve in extremis le podium...
face à l’Allemand Dominik Oswald, qui épate tout le monde par sa puissance à multiple reprises (premier à passer cet improbable latéral des troncs sans assurer, en roue arrière !) mais il laisse passer sa chance sur des passages de précision.
Le champion du monde Cadet et Junior 1 Alejandro Montalvo, 5ème, est la révélation de cette Coupe du Monde, ce garçon a une faim de loup... Cela se sent. Un appétit de victoires comme on pouvait en pressentir chez un Carthy il y a quelques années. S’il n’a pas encore la puissance des top élites, il compense par une technique très pointue et un engagement incroyable. On disait de lui depuis longtemps qu’il était le futur du vélo trial espagnol, du vélo trial tout court : on y est déjà dans le futur, il a pris de l’avance, et il est déjà sur le dos des "Magnificos" !
Le Suisse Lucien Leiser a tout donné lui-aussi sur cette finale, il semble un peu dépassé sur ce finish volcanique, mais réussit quelques coups d’éclats sur de beaux passages comme le jump passé proprement. Un très bon début de saison pour le pilote Monty.
Résultats et classement 20.
Prochain rendez-vous de la Coupe du Monde, dans sept semaines, les 8 et 9 juillet, où elle retournera à Vöcklabruck, en Autriche où elle a pris sérieusement ses quartiers. Les meilleurs spécialistes du trial se rendront ensuite en France pour deux étapes hautes en couleurs : les Menuires tout d’abord pour la troisième manche les 29 et 30 juillet, puis un mois plus tard à Albertville les 26 et 27 août pour la quatrième manche. Puis la Coupe du Monde Trial UCI 2017 rendra à nouveau son verdict les 23 et 24 septembre à Anvers, en Belgique. Finissons sur cette autre remise de prix pour l’incroyable record du monde de Rick Koekoek (barre en latéral d’1m44 !!!) qui aura aussi incontestablement marqué ce fracassant lancement de saison...
A suivre des retours en images sur les différentes courses de cette première coupe du monde de la saison par notre photographe Marco Patrizi. Qui a pris cet étonnant cliché de la "tentative de backflip" de Pol Tarrès ! Heureusement, le chat est parfaitement retombé sur ses pattes...